Les baylies et prévôtés

Bayles – ou baillis – et prévôts sont des agents de même nature, des percepteurs d’impôts, recrutés parmi la petite noblesse ou la bourgeoisie et dépendants du connétable de Bordeaux. Ils représentent l’échelon local de l’administration ducale. Les premiers sont plus nombreux dans l’Agenais, les seconds dans les régions bordelaise et landaise. Dans certaines villes, il arrive que se côtoient deux bayles ou deux prévôts. Cette situation est la conséquence d’un partage des pouvoirs publics, appelé « pariage » ou « paréage », entre le roi-duc et un seigneur laïc ou ecclésiastique (évêque, abbé, chapitre). Il en est ainsi dans plusieurs villes comme Agen, Aire-sur-l’Adour, Bazas, Condom, Vianne ou encore Castelnau où un projet de construction de bastide est conclu le 6 août 1320 entre le seigneur du lieu, Pierre, et le roi-duc Édouard II (1307-1327) alors représenté par le sénéchal de Gascogne Antonio de Pessagno. Rapporté par les Rôles gascons, l’acte détaille les droits de chaque parti, détermine le partage des revenus et précise que deux bayles (« baiuli ») seront nommés, l’un pour le domaine du roi-duc et l’autre pour celui de Pierre de Castelnau (C61/33, 13-14, membrane 4, 277).

 

La fonction de bayle ou prévôt est soumise à un contrat de fermage, ce qui signifie qu’elle est concédée pour une durée limitée en échange du versement d’une somme par le bénéficiaire, qui se dédommage ensuite de son investissement par le prélèvement des revenus publics jusqu’à un seuil déterminé à l’avance. Ainsi, le 15 juillet 1383, le plafond des revenus de la prévôté de Dax est fixé à 100 marcs par an, l’excédent éventuel des perceptions devant être reversé au connétable de Bordeaux (C61/97, 7, membrane 12, 14). Le choix de l’officier est effectué par le roi-duc après la mise aux enchères publiques de la baylie ou de la prévôté. Cependant, ces dernières sont aussi régulièrement cédées sous forme de don en récompense de loyaux services. Au XVe siècle même, la charge est de plus en plus souvent concédée à vie, devenant parfois héréditaire. Ce processus de patrimonialisation est bien illustré par le cas de la famille Lahitte dans les années 1440. En 1439, Pierre de Lahitte, seigneur d’Haitxe, parvient à obtenir les baylies de Capbreton et Labenne dont son père Auger avait eu la charge à vie (C61/129, 17-18, membrane 18, 46). Le 18 septembre 1445, Pierre fait confirmer sa nomination à vie ainsi que celle de son fils aîné Jean (C61/134, 24, membrane 7, 11). La patrimonialisation n’est pourtant pas complète puisque le 20 juillet 1445, à la suite d’actes de brigandages commis à Bayonne par Pierre Lahitte, le Parlement de Londres lui retire la charge de bayle pour la confier à Jean de Brutails (C61/135, 25-26, membrane 5, 39).

 

Tous les prévôts ne relèvent pas du roi-duc car beaucoup de seigneurs ont les leurs. Ainsi à Bordeaux, le prévôt du roi réside au palais de l’Ombrière et détient une double responsabilité : celle de juger les étrangers, les non bourgeois et les non citoyens de Bordeaux, et celle d’entretenir l’arsenal ducal conservé dans la forteresse. Le prévôt de la ville ne dépend quant à lui que de la municipalité pour laquelle il exerce la justice sur les habitants ayant le statut de bourgeois ou de citoyens de Bordeaux.