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DIONEIA « Lire Cassius Dion cinquante ans après Fergus Millar : bilans et perspectives »

 

Responsable : Valérie Fromentin, professeur de langue et littérature grecques  mail
Financement : ANR-11-BSH3-0004 et Prix Plottel de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres
Partenaire I : Université Bordeaux Montaigne
Partenaire 2 : Université Paris IV-Sorbonne
Partenaire 3 : Université Paris XIII-Villetaneuse
Partenaire 4 : Université du Maine 

Équipe : M. Bellissime (doctorante UB3-Paris IV), B. Berbessou-Broustet (docteur UB3, professeur agrégé en CPLG), E. Bertrand (MCF, Université du Maine),D. Briquel (PR, Paris IV), J. Buard (IE université du Maine), M. Coudry (PR, Université de Mulhouse), O. Devillers (PR, UB3, Ausonius),M. Ducos (PR, Paris IV),E. Foulon (PR, Université Toulouse 2), M. de Franchis Marielle (MCF, Paris IV), P. François (MCF, Toulouse 2), S. Gotteland (PR, UB3, Ausonius), Ch. Guittard (PR, Paris X), A. Hélin Alexandre (doctorant, Paris XIII), G. Lachenaud (PR émérite, Paris X), M. Mahé (MCF, ENS Paris), M. Molin (PR, Paris XIII), M. Platon (doctorante univ. Toulouse 2, professeur agrégé), U. Roberto (PR, Università Europea di Roma), E. Scheid (PR, Paris XIII), K. Sion-Jenkis (MCF, UB3, Ausonius), M. Coltelloni-Tranoy (PR, Paris IV), G. Urso (chercheur sous contrat ANR, Ausonius), J. Yvonneau (MCF, UB3, Ausonius).

La plupart des membres de l'équipe DIONEIA collaborent  au programme d’édition de CD dans la CUF (http://ausonius.u-bordeaux3.fr/new/index.php/axes-de-recherche/corpus-textuels/9-axes/135-edition-critique-avec-traduction-et-commentaire-de-l-histoire-romaine-de-cassius-dion ) : ces éditeurs ont en charge l’édition d’un ou plusieurs livres, fragmentaire(s) ou non, de l’HR, et forment des binômes avec un collègue philologue ou historien, ce type d’ attelage bi-disciplinaire ayant fait la preuve de son efficacité. Certains d’entre eux ne travaillent pas seulement sur CD mais ont également des compétences internationalement reconnues dans l’édition des historiens grecs de Rome (Polybe, Denys d’Halicarnasse), des historiens latins (Tite-Live, Tacite, Suétone) et dans l’ecdotique des sources tardo-antiques ou byzantines (Jean d’Antioche, Souda, Extraits constantiniens). Les compétences des historiens de l’équipe couvrent toutes les périodes (archaïque, républicaine, augustéenne, impériale) comprises dans l’HR et celles des « littéraires » concernent la tradition rhétorique grecque, l’histoire de l’historiographie antique, la tradition et la réception des idées politiques durant l’Antiquité. 


I. Présentation du projet : contexte, positionnement, objectifsCe projet a pour objectif principal l’élaboration et la publication d’un ouvrage de synthèse consacré à l’historien Cassius Dion (après 160–après 230 p.C.) et à son œuvre, une Histoire de Rome en 80 livres, couvrant près de dix siècles (depuis la fondation jusqu’au règne de Sévère Alexandre) et rédigée en grec.Cette monographie est conçue dans l’esprit et sur le modèle des Companions anglo-saxons publiés ces dernières années chez Brill ou aux presses de l’université de Cambridge, et en particulier du Brill's Companion to Thucydides, Leiden, 2006. La matière sera organisée en grands chapitres thématiques et comprendra en tout une quarantaine de contributions (individuelles ou collectives) de chercheurs, français et étrangers, couvrant un large spectre de thèmes et de problèmes relatifs à cet auteur et à son œuvre.Le but est double : il s’agit, d’une part, de donner un état de l’art –aussi à jour que possible – des grandes questions autour desquelles les études sur CD se sont concentrées depuis 50 ans, c’est-à-dire depuis la publication en 1964 de la monographie de Fergus Millar (A study of Cassius Dio, Oxford), de mettre en évidence les tendances actuelles de la recherche dans ce domaine et dans les domaines connexes, et, d’autre part, de fournir un certain nombre d’études « exploratoires » sur des points jusqu’alors délibérément négligés ou dont la pertinence et l’intérêt ne s’étaient pas (ou pas suffisamment) imposés jusqu’à présent à l’attention des chercheurs.Pourquoi la référence à Fergus Millar ?La référence au livre de Fergus Millar comme terminus a quo s’impose à nos yeux comme une évidence. C’est en effet avec ce livre qu’ont été amorcés le renouveau des études sur Dion Cassius et la réhabilitation de cet historien et de son œuvre car celle-ci, très appréciée lors de sa redécouverte à la Renaissance, avait pâti, dès l’époque de Montaigne et jusqu’au XXe siècle, de plusieurs facteurs : l’état incomplet sous lequel son œuvre nous est parvenue (seuls les livres 36 à 60 ont été transmis par la tradition manuscrite directe) ; le préjugé négatif développé par la science positiviste à l’égard de « l’historiographie rhétorique », incarnée notamment par Denys d’Halicarnasse et Cassius Dion ; le primat accordé jusqu’au milieu du XXe siècle au témoignage de Tite-Live et des écrivains latins sur celui des historiens de Rome de langue grecque, présentés comme de vulgaires compilateurs sans méthode et sans esprit critique ; la prédominance de la Quellenforschung dans le champ des études sur l’historiographie antique, prédominance qui, dans le cas de Dion, avait non seulement asséché toutes les autres pistes d’investigation possibles mais également renforcé la « suprématie » de Tite-Live évoquée ci-dessus, ce dernier étant considéré, depuis (mais déjà bien avant) l’article de E. Schwartz [1899] dans la RE, comme la source principale de Dion pour la période royale et républicaine.

Le grand mérite de Fergus Millar est d’avoir délibérément pris le contre-pied du « main stream » des études dioniennes pour braquer le projecteur sur des aspects jusque-là négligés ou peu traités et révéler un « autre » Cassius Dion. S’agissant des sources, Millar évacue d’emblée le problème (vain, selon lui) de leur identification, pour s’intéresser à la manière dont Dion les utilise et, plus largement, à sa méthode de travail et à la génèse de l’œuvre, qu’il est le premier à étudier de l’intérieur, sans préjugés négatifs, en insistant au contraire sur l’originalité de ce projet historique. Il est aussi le premier à comprendre (sinon à démontrer) que Dion (comme ses prédécesseurs Polybe et Denys d’Halicarnasse) est avant tout un historien politique, qui appréhende et analyse le devenir de Rome principalement à travers celui de ses institutions . Millar cherche également à replacer l’homme et l’historien dans leur contexte, à réconcilier les multiples facettes du personnage (le sénateur romain deux fois consul, le païen lettré contemporain de Philostrate, le notable provincial témoin et symbole tout à la fois de la renaissance des cités grecques micrasiatiques au IIe-IIIe siècle p. C.), à délimiter son « horizon mental » et à inventorier son bagage culturel. Autrement dit, il aborde l’HR à la fois comme un produit de l’époque sévérienne et une «réaction de l’auteur au monde dans lequel il vivait » et montre ainsi l’importance et l’intérêt du témoignage de Dion pour « L’histoire de son temps » (ch. IV), relatée dans la dernière décade de l’HR.

Poursuivre la réhabilitation de Cassius DionCependant la réhabilitation de CD esquissée par Millar est loin d’être achevée. Le renouveau des études sur Cassius Dion observé dans les vingt dernières années, au travers de nouvelles éditions commentées publiées dans la Collection des Universités de France aux Belles Lettres, mais aussi d’articles, de comptes rendus ou de monographies, comme les six grosses études parues en 1997 de Ameling, De Blois, Gowing, Lintott, Schmidt et Swan (qui totalisent plus de 200 p. dans le volume II, 34, 3 de l’A.N.R.W., consacré à la littérature des IIe et IIIe s.) n’a pas totalement inversé la tendance par rapport à l’historiographie du XIXe siècle et de la première moitié du XXe : Dion est toujours dénigré pour son incompréhension des phénomènes historiques ou sa mauvaise connaissance supposée du latin; sa méthode et son écriture restent très peu étudiées. Il est encore rarement envisagé dans son cas que l’écriture puisse être mise en relation avec une ambition politique, comme chez nombre d’historiens grecs ou latins d’époque républicaine (Polybe, Salluste, César), ce qui appauvrit la recherche sur le sens de l’oeuvre, alors que chez lui conception de l’histoire et idées politiques sont au contraire intimement liées, comme le montrent ses évocations des situations de crise de son époque. À l’inverse, certaines des pistes ouvertes par F. Millar ont été labourées à l’excès, et en particulier tout ce qui concerne le traitement par Dion du passage institutionnel de la République à l’Empire (sans doute en grande partie parce que ces livres « tardo-républicains » et « augustéens » sont conservés intégralement dans la tradition directe) : les recherches se sont principalement focalisées sur l’instauration du Principat (livres 51-53, avec le fameux débat entre Mécène et Agrippa) et sur l’attitude de CD à l’égard du pouvoir personnel.

Liens entre le projet de monographie et l’édition critique de Cassius Dion dans la Collection des Universités de FranceSi les recherches actuelles sur CD sont évidemment influencées et conditionnées par la bibliographie antérieure, elles sont aussi très largement tributaires de l’état du texte conservé et des éditions et traductions disponibles. Les décades fragmentaires de l’HR (livres 1 à 35 et 61 à 80) ont toujours été moins étudiées que les livres tardo-républicains et augustéens transmis sous une forme complète par la tradition directe ; mais aux difficultés inhérentes à ce type de texte, discontinu et éclaté, s’ajoute aujourd’hui le fait que nous manquons cruellement d’une édition fiable, la dernière editio maior de référence, celle de U.-Ph. Boissevain (1895-1901), étant dépassée, au moins pour les parties mutilées de l’œuvre : la connaissance des diverses sources byzantines (florilèges, abrégés, lexiques) qui nous ont transmis ces livres fragmentaires a beaucoup progressé depuis le début du XXe siècle et les choix éditoriaux de Boissevain (s’agissant notamment de l’interclassement des fragments et de la présentation des témoins) sont aujourd’hui fondamentalement remis en question. Aussi aucune nouvelle édition de ces fragments ne peut-elle être sérieusement envisagée sans un réexamen complet du témoignage de la tradition indirecte et une réévaluation de sa fiabilité. C’est précisément l’objectif poursuivi par la Collection des Universités de France (Belles Lettres) ces dernières années : le projet d’édition de l’HR, placé sous la direction de F. Hinard et (depuis 2009) de V. Fromentin, a d’abord privilégié la publication des livres conservés dans la tradition directe mais désormais la publication de la partie initiale et de la partie finale de l’Histoire romaine transmises sous forme d’abrégés byzantins est également amorcée. En particulier, Bénédicte Berbessou-Broustet a soutenu en juin 2010 à Bordeaux 3 une thèse intitulée « Édition critique, traduction et commentaire des livres flaviens de l’Histoire Romaine de Cassius Dion ». Cette partie de l’œuvre (livres 65, 66, 67) étant perdue dans la tradition directe, le travail d’édition a porté essentiellement sur les deux témoins indirects les plus importants (Xiphilin et Zonaras), dont B. Berbessou a donné de nouvelles éditions (partielles), fondées sur la collation et le classement de tous les manuscrits conservés. Ce travail constitue la base solide à partir de laquelle peut désormais être entreprise l’édition des livres fragmentaires dans la CUF. Cette perspective donne par conséquent au projet de monographie une tout autre ambition que celle de l’ouvrage de Millar, fondé sur l’édition Boissevain et prudemment centré sur les livres non fragmentaires : les avancées du projet éditorial dans la CUF autorisent et justifient la publication d’une nouvelle synthèse, qui fasse notamment une place plus importante aux parties mutilées de l’oeuvre. Ce sera le cas non seulement pour les livres « impériaux », mais aussi pour ceux qui couvrent la période antérieure à la fin de la République.

Impact attendu sur la communauté scientifiqueL’œuvre que nous éditons et commentons a une importance capitale pour le renouvellement de notre documentation en histoire ancienne : Cassius Dion est une source majeure pour l’histoire romaine, notamment pour l’histoire de son temps dont il est un témoin direct et un « spectateur engagé ». Mais il ne suffit pas d’éditer le texte et d’en proposer des commentaires livre par livre pour rendre cette documentation vraiment accessible à un public plus large que celui des seuls spécialistes de CD : une monographie, conçue comme un outil de travail, alliant, comme les Companions anglo-saxons,synthèses et études de détail, est nécessaire pour fournir aux étudiants d’histoire ancienne et de Classical Studies (niveau Master et Doctorat) les clés d’accès à un auteur qu’il est urgent de réhabiliter dans sa spécificité et sous toutes ses facettes. 


II. Plan de la monographie
1. Tradition et réception du texte de l’ H.R
1.1. Quel Cassius Dion lisons-nous aujourd’hui ?
1.1.1. Etat des lieux : l’histoire du texte manuscrit et imprimé
1.1.2. Perspectives: une nouvelle édition complète de l’HR dans la CUF
1.2. Le filtre byzantin
1.2.1. Excerpta et florilèges
1.2.2. Xiphilin
1.2.3. Zonaras
1.2.4 Synthèse

2. Comment écrire l’histoire de Rome sous les Sévères
2.1. Cassius Dion : le sénateur et l’historien
2.2. Les modèles et les sources
2.2.1. Dion et la tradition historiographique gréco-romaine
2.2.2. Dion témoin de traditions disparues : archives, documents, sources littéraires
2.2.3. Les emprunts à la culture classique : Dion et la Seconde Sophistique
2.3. Dire en grec les choses romaines
2.4. Les éléments structurants de l’œuvre
2.4.1. Les moi de l’historien : récits/discours/commentaires
2.4.2. La trame chronologique interne
2.4.3. Principe annalistique/principe biographique/principe thématique ?

3. Cassius Dion, historien du pouvoir
3.1. La cohérence d’une pensée politique : le système de l’H.R.
3.2. La monarchie en question
3.3. Sénat et sénateurs
3.4. La République à l’épreuve de l’impérialisme
3.5. Fonctionnements et dysfonctionnements institutionnels